Le carnet d'Istanbul d'Adrien
Marble terrace and decorative arches of the Baghdad Pavilion at Topkapı Palace
Istanbul

Entre cours et pierre : Topkapı, la Citerne et le Chimney Bistro

De la crête de la première colline aux profondeurs byzantines de la Citerne Basilique, j'ai traversé les siècles d'Istanbul avant de trouver refuge au pied des remparts.

Par Adrien4 min de lecture
Photo: Adrien

À chaque retour de Lyon vers Istanbul, mon premier réflexe est de scruter sa topographie. Cette avancée de terre suspendue au confluent de la mer de Marmara, de la Corne d'Or et du Bosphore exerce une fascination sans borne sur mon regard d'architecte paysagiste. Lors de ce séjour, j'ai voulu consacrer une journée entière au dialogue entre la pierre bâtie et le ciel ouvert, en partant de la crête de la première colline à Topkapı, avant de m'enfoncer sous terre dans la citerne byzantine, puis de m'attabler dans la quiétude des remparts antiques.

Matin de cyprès et de faïences à Topkapı

J'ai franchi la première cour au moment précis où la lumière matinale filtrait à travers les platanes centenaires. Dès ces premiers pas dans l'enclos extérieur, la rumeur de la ville moderne s'efface pour laisser place au silence impérial. En passant la porte du Salut vers la deuxième cour, les pelouses soignées s'étirent à l'ombre de grands cyprès élancés. L'art des jardins ottomans ne cherchait pas à contraindre la nature dans une géométrie rigide ; il composait avec les perspectives, guidait les brises légères et ménageait des îlots de fraîcheur sous les pavillons.

Cypress trees framing the Tower of Justice in the courtyard of Topkapı Palace
Photo: Adrien

J'ai longé le portique de la salle du Conseil impérial avant de m'attarder dans les cuisines du palais, sur le flanc oriental. Leurs hautes cheminées bombées, qui rythment le profil de la péninsule vue des flots, abritent d'immenses collections de céladons et de porcelaines délicates. Mon attente se portait pourtant sur le Harem, dont les galeries exigent une visite contemplative. Pénétrer dans ces corridors tapissés de carreaux d'Iznik produit la sensation d'entrer dans un précieux coffret en céramique. Dans la chambre de Mourad III, le clapotis de la fontaine murale, allié aux nuances profondes de cobalt et de turquoise, installe un recueillement saisissant, à l'abri du soleil méditerranéen.

Tiled chamber inside the imperial Harem at Topkapı Palace with decorative Iznik ceramic walls
Photo: Adrien

En gagnant la quatrième cour, le palais s'ouvre généreusement sur l'horizon marin. Là, des pavillons comme le kiosque de Bagdad côtoient des bassins de marbre et des agrumes, surplombant le détroit. Je suis resté un long moment assis sur la terrasse de marbre, à contempler les cargos en partance vers la mer Noire et les ferries qui tracent des sillages d'écume blanche sur l'eau indigo. Cette harmonie entre la pénombre du kiosque, la balustrade de pierre et l'air venu du large incarne toute la maîtrise spatiale ottomane.

Billets et horairesPalais de Topkapı

Descente dans les ombres souterraines

En début d'après-midi, j'ai quitté les jardins pour emprunter la venelle pavée qui descend vers la ligne de tramway. La chaleur de midi commençait à chauffer les dalles, rendant l'étape suivante particulièrement providentielle. Juste en face de Sainte-Sophie se trouve la discrète entrée de la Citerne Basilique.

Descendre l'escalier de pierre menant au réservoir provoque une saisissante chute de température. Les odeurs changent instantanément : une humidité fraîche, un parfum de brique mouillée et d'eau immobile m'ont enveloppé. Face à moi s'est déployée une véritable forêt souterraine de trois cent trente-six colonnes de marbre, dressées dans une eau peu profonde pour soutenir d'amples voûtes d'arêtes en brique.

Subterranean panorama of illuminated columns and water inside the Basilica Cistern
Photo: Adrien

J'ai arpenté les passerelles surélevées en bois au son régulier et hypnotique des gouttes tombant des voûtes. Les jeux de lumière, tout en retenue, projettent les reflets doux des fûts cannelés sur le miroir de l'eau. Ce qui m'émerveille toujours ici, c'est ce réemploi pragmatique de l'Antiquité : les bâtisseurs byzantins ont récupéré des colonnes issues de temples classiques disséminés dans tout l'empire. Vers l'angle nord-ouest, je me suis arrêté devant les deux monumentales têtes de Méduse servant de socles, l'une couchée sur le flanc, l'autre totalement inversée. Immergées ainsi depuis des siècles, leur présence muette fascine.

Carved stone head of Medusa placed upside down as a column base
Photo: Adrien

J'ai également pris le temps d'observer la colonne pleureuse, gravée d'yeux de paon et de larmes, ruisselant perpétuellement de condensation. La visite n'a guère duré plus d'une heure, mais remonter sur la place baignée de soleil m'a donné l'impression de revenir d'un autre monde.

Billets et horairesCiterne Basilique

Une soirée suspendue contre les remparts

En fin d'après-midi, les ombres s'étiraient sur la place Sultanahmet. Loin de me précipiter vers un nouveau monument, j'ai préféré flâner derrière Sainte-Sophie en direction de la rue Soğuk Çeşme, une allée pittoresque adossée aux remparts extérieurs de Topkapı. Les vieilles demeures ottomanes à pans de bois s'y penchent doucement sur les pavés, drapées de glycines et de vignes vierges.

C'est là, niché contre l'ancienne enceinte, que se trouve le Chimney Bistro. Avec son comptoir en brique chaleureux et sa salle à ciel ouvert, c'était le refuge parfait après une journée de marche. L'air du soir s'adoucissait, et dîner sous le ciel dégagé, dominé par la silhouette massive des remparts, conférait au moment une intimité rare.

Open roof dining space at Chimney Bistro near Topkapı Palace walls
Photo: Adrien

J'ai commandé leur Chimney Combo, accompagné d'un verre de vin local bien frais, tout en griffonnant quelques croquis dans mon carnet. Le pide au bœuf est arrivé fumant, sa pâte croustillante et joliment dorée au four, suivi d'une assiette de pâtes généreuse et réconfortante. Voir le crépuscule virer à l'indigo profond au son discret du vieux quartier offrait un admirable contrepoint à la majesté impériale de la matinée.

Réserver le menu du bistrotChimney Bistro, Sultanahmet

Ce que je referais à l'identique

  • Consacrer toute la matinée à Topkapı et au Harem, sans tenter d'y intercaler un autre grand musée, permet de s'imprégner pleinement de l'atmosphère des jardins et de la finesse des décors.
  • Descendre dans la Citerne Basilique aux heures les plus chaudes de la journée est idéal pour trouver une pause régénérante.
  • Choisir une table lovée contre les remparts, comme au Chimney Bistro, permet de conclure la soirée dans le calme, sans avoir à braver la circulation pour traverser la Corne d'Or.